Les premiers avantages des logiciels libres pour le responsable du système d'information

... et son directeur des finances également ;)

Je m'explique. Quand on parle à nos décideurs de logiciels libres, la première chose qui leur vient à l'esprit (une fois qu'on leur a expliqué ce que c'est pour certains) c'est le mot gratuit. C'était surtout vrai il y a quelques années, mais avec les différents retours d'expérience ils se rendent compte que ça demande tout de même un peu d'investissement et que ce n'est pas si facile que ça. Nous y reviendrons tout au long de cet article.

Les autres avantages ? Et bien... tout tourne autour de notre sainte mère, cette déesse que l'on chérie, que l'on aime avoir à foison et qui nous manque dès qu'elle disparait : la monnaie.
Le directeur du système d'information aime utiliser les logiciels libres comme menace contre les vilains éditeurs de logiciels propriétaires très couteux et pas forcément mieux : Houla mais vous êtes trop chères !! Je vais migrer vers les logiciels libres, après tout ça marche aussi bien et hop miracle les prix diminuent comme par magie...

Allez, cessons d'être mauvaise langue et parlons d'un autre argument, très important à mes yeux et qui nait de l'essence même du logiciel libre. D'un point de vue éthique, c'est mieux . Et oui, nous dépensons de l'argent publique, donc il faut faire attention à ce qu'on fait avec. Utiliser des logiciels libres (et les formats ouverts qui les accompagnent), qui produisent des documents, des résultats, c'est s'assurer de la pérennité de ses données, quelles qu'elles soient ! Dans 5, 10 ou 50 ans vous pourrez toujours retrouver vos données, au pire vous pourrez développer un petit programme (libre) pour les lire car vous savez comment sont organisées ces données. Fini les chaînes avec un éditeur, qui vous maintient dans son portefeuille de clients par peur du coût trop élevé qu'engendrerait une conversion massive de toutes vos données de SON format vers un autre.
Et du coup, vous rationnalisez l'utilisation de l'argent publique (ok, ce sont de biens grands mots, je vous l'accorde) .

Autre argument lié à cette fameuse éthique, la sécurité. Qui dit logiciel libre, dit code source disponible et donc libre à vous de vérifier le code pour s'assurer qu'il n'y a pas de backdoor ou autre s*l*peries planquées dedans. Parce que dans les logiciels propriétaires, bin on peut rien savoir.
Bon, une nouvelle fois, je fais des raccourcis plutôt... court. Dans tout accord avec des éditeurs de logiciels métiers propriétaires (ou fournisseurs de services basés sur les logiciels libres également), un contrat est passé et surtout une relation de confiance doit s'installer, c'est très important pour la réussite du projet. Ces derniers n'ont aucun intérêt de planquer des programmes espions dans les logiciels qu'ils vous vendent, sauf s'ils ont envie de couler en bourse et faire faillite dès la découverte de ces derniers. Rappelons-le (ou pas), le monde hospitalier est une grande famille gouvernementale d'un poids non négligeable. Le mal qui est fait à un petit hopital de campagne a vite fait de faire le tour de France...


Derrière tout ce bla-bla, vous saurez faire la différence entre les vrais avantages du logiciel libre et ceux qui contentent mieux un discours plus politique et financier que véritablement altruiste. Et saisir aisément ce qui reste après de longues, longues discussions en réunion...

Oserai-je rajouter qu'à chaque piqure de rappel du gouvernement appelant à utiliser le plus possible des logiciels libres, l'intérêt est , bizarrement, relancé, alors que celui-ci ne devrait pas tarir...

Passer aux logiciels libres : oui, mais pas si simple...

Tout d'abord, un constat : pour faire rentrer les logiciels libres dans l'hopital, rien de tel que d'avoir un fervent défenseur du libre. Et oui ! Vos responsables se sentiront rassurer d'avoir une personne référente sur la question (et un joli parapluie également :p ).
Alors vous vous lancez dans de petits projets, des choses qui ne mangent pas de pain et qui n'ont pas de grandes incidences sur le système d'information mais qui génèrent quelques économies au bout en comparant à l'achat avec des solutions toutes faites. Attention néanmoins à bien calculer auparavant si ça vaut le coup : coût du matériel, heures passées sur le projet, impact sur les utilisateurs et le gain concret au bout.

Tant que vous vous occupez de tout et que ça reste dans les règles énoncées ci-dessus, no problemo. Votre responsable se gonflera même d'orgueil auprès de ses homologues d'autres établissements pour son hardiesse d'avoir fait le choix de logiciels libres.
Mais... car il y a un mais ! Dès qu'il s'agit de projet un peu plus important, ça devient beaucoup plus difficile. Plus d'utilisateurs sont concernés, ça impacte le système d'information de façon non-négligeable, et surtout c'est plus compliqué à gérer. Bin oui, c'est plus gros.

Les ressources internes ne suffisant plus (on n'a pas quatre bras...), il faut faire appel à une société extérieure. Bien souvent ça implique le passage par un marché publique ou une consultation. Qui dit marché, dit étude préliminaire, rédaction du cahier des charges, une longue procédure administrative, puis un choix, la mise en place, la recette et la mise en production. On est loin de l'utilisation de la petite application PHP utilisée pour l'annuaire.
Bien souvent, l'étude même est difficile, mais pas impossible. Il est relativement aisé de se faire aider par diverses sociétés et comparer les différents produits ainsi que leur fonctionnalités. Et bien souvent on se rend compte que, si on économise énormément sur les coûts des licences en particulier, et bien il faudra quand même investir sur de la formation auprès des utilisateurs, parfois très poussée (comme lorsque l'on veut migrer du Pack Microsoft Office à OpenOffice).
Le support est également un point délicat. Deux solutions au choix, souvent utilisées en même temps :

  • on utilise le support communautaire du logiciel libre. Encore faut-il que la commauté soit grande et active pour être efficace, mais vous pouvez y participer à votre tour pour l'améliorer !
  • on utilise le support de la société de services que vous avez choisie. Celle-ci, bien souvent, est très active dans les communautés. Néanmoins, il s'agit d'une société privée pouvant déposer le bilan du jour au lendemain. Etes-vous sur de lui trouver une remplaçante ?



Et puis le dernier constat, certes affligeant mais réel : les logiciels propriétaires, c'est plus beau, plus simple. Et oui, bien souvent, c'est du clic-and-run, l'utilisateur a accès a des fonctions simples mais efficaces qui lui plaisent. Et bien souvent également, la mise en place de l'outil est simple.
Cependant, dès qu'il s'agit d'aller un peu plus loin, de répondre à un besoin spécifique, et bien ce n'est plus pareil. Ici, l'utilisateur doit calquer ses méthodes de travail sur les fonctionnalités de l'outil. Avec le logiciel libre, c'est plus souvent l'inverse : l'outil calque sa façon de fonctionner sur vos méthodes de travail. Evidemment ça demande du travail, mais à moyen-terme ça paie.
Combien de fois ai-je eu comme réponse d'un éditeur à une demande d'évolution "ça ne sera jamais implémenté" ou bien "c'est prévu dans la version 2.9.0a5 de juillet 2011", voire même "alors ça nous prendra trois jours de développement, ça vous fera x milliers d'euros". Sans commentaires...

Alors que la question que je pose : préférez-vous investir dès le départ pour avoir un outil performant, à votre mesure, et qui à terme vous fera gagner du temps et de l'argent, ou bien préférez-vous la simplicité et vous pliez à des méthodes de travail non-adéquates ? Croyez-moi, nos décideurs ont beau faire des cahiers de charge à tout bout de champ, il y a toujours des problèmes, des cas non prévus qui vous gachent la vie par la suite.
C'est pour cela qu'il faut étudier les impacts financiers (directs, indirects, ressources humaines, etc...) qu'aura la solution choisie sur un, deux ou trois ans. Bien souvent, cette étude n'est pas faite.

Dans le second article, nous parcourerons ensemble des cas un peu plus concrets, les réussites et les échecs.



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